David Olère : un regard au cœur de l'abîme
Plongez dans l'œuvre poignante de David Olère, déporté et artiste dont les dessins sont un témoignage inoubliable de l'horreur d'Auschwitz-Birkenau. Cette page est une invitation à la découverte et à l'analyse de son legs, essentielle pour comprendre et ne jamais oublier.

Peindre l’indicible : le témoignage de David Olère par Gabrièle et Candice
Né à Varsovie dans une famille juive, David Olère a vécu en France tout sa vie. Il fut déporté au camp d’Auschwitz-Birkenau de 1943 jusqu’à sa libération en 1945. Il fait partie des rares survivants du camp et surtout des rares survivants ayant été membres des Sonderkommandos, des déportés chargés de transporter les cadavres à la sortie des chambres à gaz puis de les brûler.
Les nazis réservaient souvent le même sort aux Sonderkommandos pour ne pas laisser de traces de la “solution finale”, mais il fut épargné grâce à ses talents artistiques, car il réalisa des dessins pour les SS.
Après la guerre, il passa sa vie à dessiner les souvenirs qui le hantaient pour honorer la mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus. Ses œuvres font de lui un témoin très important du processus d’extermination. Il raconte l’histoire avec des images plutôt qu’avec des mots pour que chaque spectateur devienne à son tour passeur de mémoire afin pour s’opposer aux tentatives de déformation de l’histoire de la Shoah.
Analyse
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’une des plus célèbres peintures de David Olère, La Nourriture des morts pour les vivants, réalisée en 1952. Elle mesure 76 cm x 102 cm et est peinte avec de la peinture à l’huile sur du carton, ce qui lui permet de s’inscrire dans le genre du témoignage historique et artistique de la Shoah.
Cette scène représente le quotidien d’un Sonderkommando. L’œuvre est un plan large dans un espace réaliste. Au premier plan, à droite, un prisonnier capte immédiatement l’attention car c’est l’élément qui prend le plus de place dans l’œuvre. L’homme représenté semble être David Olère, au vu du matricule 106144 tatoué sur son bras, qui lui appartenait. Il porte un uniforme rayé en mauvais état et des sandales protégeant mal ses pieds. Mais ce qui est le plus frappant est sa maigreur : ses joues sont creusées et ses yeux sont exorbités, ce qui permet de comprendre qu’il est affamé. Il a la bouche ouverte comme s'il n’arrivait plus à respirer. Peut-être car, sur le moment, il était sous le choc de sa capacité à voler pour manger, ou bien car l’odeur qui s’échappe du four crématoire est irrespirable. Son apparence me fait penser au Cri de Munch, une figure monstrueuse montrant la panique. Il est accroupi sur de la nourriture pour essayer de se cacher afin que personne ne le voie.
Le deuxième plan crée un rythme visuel qui guide naturellement l’œil du spectateur à travers chaque élément afin de créer un rôle narratif et d’apporter du contexte. Le premier élément qui capte notre attention est le sac de vive, notamment grâce aux lignes directrices formées par les mains de David qui prennent les aliments, mais aussi grâce à sa couleur rouge vif qui nous permet de comprendre son importance, d’autant plus que la nourriture figure dans le titre de l’œuvre. Le deuxième élément remarquable se trouve en bas à droite : une poupée, qui semble être tombée du sac. Sa présence peut faire référence au passage d’une petite fille dans les chambres à gaz. La couleur de son manteau peut rappeler celle du soleil, comme une sorte d’espoir dans cette atmosphère macabre. Cette poupée en plus du biberon présent dans le sac indique que les propriétaires des vives sont certainement une famille avec des enfants en bas âge. Ces éléments visent à renforcer l'impression d'inhumanité et d'enfer des camps, les nazis tuant sans distinction femmes, hommes, vieillards et enfants.
En suivant toujours le sens de lecture européen, on remarque le troisième élément : une veste avec un triangle “F” rouge ainsi que le matricule du déporté. Ici, le F correspond à la nationalité française, ce qui permet de confirmer qu’il pourrait bien s’agir de David Olère. Enfin, le dernier élément du deuxième plan est constitué de bottes posées sur des marches, prouvant une nouvelle fois le passage d’un groupe de personnes. Le deuxième plan peut également nous permettre de comprendre que David Olère se trouve possiblement auprès d’une chambre à gaz. Je pense cela car, premièrement, il était Sonderkommando, donc sa présence ici paraît plausible. Deuxièmement, les objets semblent montrer qu’il y a eu des passages, surtout celui d’un enfant avec la poupée, et maintenant nous savons ce qu’il est arrivé aux enfants du camp : soit ils étaient emmenés auprès du docteur Mengele, soit aux chambres à gaz. Troisièmement, nous observons une paire de chaussures posée sur un escalier. Or, les chambres à gaz étaient pour la plupart enterrées afin que les nazis puissent introduire le gaz par le haut du bâtiment. Il est alors fortement probable que l’homme soit à l’entrée d’une chambre à gaz.
Au troisième plan, à droite, on aperçoit deux SS : un devant un chariot poussé par des prisonniers et l’autre derrière ce même chariot, tenant un chien et obligeant les prisonniers à pousser. Cela permet d’approfondir la perspective atmosphérique de cette scène triste et froide. Cette impression est appuyée par le seul bâtiment visible : le four crématoire. Même s’il n’est pas très imposant, la fumée qui s’en échappe envahit tout le tableau, rendant l’atmosphère sinistre et pesante. Enfin, on remarque deux miradors de chaque côté du tableau, qui peuvent rappeler le “surcadrage au cinéma”, utilisé pour montrer l’enfermement, puisque le tableau commence par un mirador et se termine par un autre.
Dans le tableau, les couleurs dominantes sont froides, de teinte foncée : le marron, le bleu marine et le gris. Mais il y a aussi des couleurs chaudes qui créent un contraste : du rouge et du jaune, qui évoquent la vie et l’espoir de la survie grâce à des provisions. Cela provoque un contraste qui attire le regard du spectateur afin de comprendre la narration de l’œuvre : la misère des couleurs froides face à l’espoir des couleurs chaudes. Les couleurs peuvent également rappeler Le Cri de Munch, cité précédemment, qui traduit lui aussi une atmosphère angoissante.
La lumière est naturelle et vient du ciel. Un élément est davantage éclairé : le chariot. Un rayon de soleil se pose sur les cadavres que le prisonnier semble pousser vers le four crématoire. Ce rayon de soleil peut rappeler une figure divine, comme si leurs âmes partaient vers le ciel, loin de cette horreur, pour un repos éternel et serein.
L’œuvre s’adresse dans un premier temps à l’auteur, car David Olère peint afin d’extérioriser les images de l’enfer qu’il a vécu, mais dans un second temps elle est adressée au spectateur afin que ces images résonnent dans sa conscience et ne soient pas réduites au fil du temps, mais au contraire renforcées par la force des représentations. Le spectateur devient à son tour témoin et porteur de mémoire de l’enfer vécu par David Olère et tous les autres n’ayant pas survécu aux camps de la mort.
Moi, quand j’ai vu cette œuvre pour la première fois, je me suis senti angoissé, car j’ai réellement pris conscience de la souffrance qu’ont vécue les déportés : elle était indescriptiblement affreuse.

Découvrir son œuvre
Nous vous invitons à explorer une œuvre spécifique de David Olère pour une analyse approfondie. Chaque trait, chaque ombre raconte une histoire. Cette étude vous permettra de comprendre la puissance de son message et la singularité de son art dans le contexte du génocide. Son travail est un appel constant au respect et à la réflexion.
Dessins vus à Auschwitz
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